Informatique corporelle et surveillance : les nouveaux enjeux de la médiation technologique auprès de soi

L’article qui suit a été rédigé en collaboration avec Jonathan Roberge, à l’invitation de la Ligue des droits et libertés. Il a été tout récemment publié dans l’édition printemps 2014 de leur revue, intitulée La surveillance des populations.

«Ok Glass, take a picture». Sergueï Brin, cofondateur de Google, venait de vivre une véritable épiphanie. Recevant un message texte lors d’un repas, il se rendit compte qu’il n’avait qu’à prononcer ces mots pour prendre un cliché et l’envoyer instantanément à son interlocuteur. Non seulement n’avait-il pas eu à sortir son téléphone de sa poche pour lire le message, il n’en avait pas eu besoin non plus pour y répondre. Constamment à l’affut, la frêle monture posée sur son nez et le petit écran flottant au-dessus de son œil droit l’avaient propulsé dans l’ère instantanée de la communication par les images. Ses lunettes Glass, la proposition la plus poussée de Google dans le domaine en pleine ébullition de l’informatique corporelle, l’avaient prétendument libéré de l’emprise de la technologie[1]. Lire la suite